• Jean-Marie Vivier - Il disait l'étranger

    Il disait, l'étranger

    Certains jours il disait: Je suis né en Espagne

    Au pied de la mosquée des jardins de Cordoue

    Quand on apprend très tôt à battre la campagne

    On ne supporte pas la corde sur son cou

    J'ai connu le mépris d'une terre étrangère

    Sans ne jamais rien dire et sans l'avoir choisie

    Fatigué de plier je compris la colère

    Je fus une blessure, une flamme et un cri

    Je suis mort n'importe où pour n'importe quelle cause

    Comme on meurt trop souvent sans trop savoir pourquoi

    Que ce soit pour un dieu, un lys ou une rose

    Ou pour ceux qui viendront que je ne saurai pas

     

    Il disait, l'étranger

    D'autres jours il disait: Je suis né en Bohème

    Dans un faubourg de Prague où je n'ai pas grandi

    Je ne sais rien de moi ni mon nom de baptême

    Ni si j'ai frère et sœur, mes amis m'ont trahi

    De rafles en pogroms et dans l'indifférence

    J'ai tant et tant marché et sur tant de chemins

    Malgré le temps passé, malgré les apparences

    J'étais pourtant certain d'être là pour quelqu'un

    Je suis mort n'importe où au bout de mes voyages

    Comme on meurt trop souvent d'avoir trop mal vécu

    Mon passage ne fut que l'ombre d'un visage

    Personne, je crois bien, ne l'aura jamais vu

     

    Il disait, l'étranger

    Quelquefois il disait: Je suis né en Afrique

    Je ne sais plus l'endroit, il y a tant d'années

    J'aurais pu tout autant être Noir d'Amérique

    Où sont allées les eaux qui m'ont désaltéré

    Ils sont venus armés de fusils et de haine

    Les mêmes qui voulaient massacrer l'éléphant

    Espérant nous dompter et nous mettre des chaînes

    Pour vendre notre peau sur d'autres continents

    Je suis mort n'importe où de trop de servitude

    Comme on meurt trop souvent quand on est différent

    C'est toujours et partout une vieille habitude

    Personne, je crois bien, ne s'en souvient vraiment

     

    Il disait, l'étranger

    J'aurais pu être lui, aujourd'hui quand j'y songe

    J'aurais pu naître ici, ailleurs ou bien là-bas

    Moi, qui ai toujours eu en horreur le mensonge

    Peut-être suis-je né dans la vallée des rois ?

    http://jeanmarievivier.free.fr/

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  • Commentaires

    1
    Samedi 18 Juillet 2015 à 18:22

    C'est vrai que c'est bien le hasard qui fait que nous naissons ici ou là ..."On est toujours l'étranger de quelqu'un"  a dit Tahar ben Jalloun ... C'est pourtant si bon de vivre en bonne entente quelles que soient les origines.

    Bonnes vacances, Jean, à toi et aux tiens ; et surtout bon repos !!!! Bises . Francine. 

    2
    Dimanche 19 Juillet 2015 à 23:39

    C'est une tres jolie chanson que tu me fais decouvrir!

    Bisous

    PS:si tu as trop chaud ,viens chez nous ...

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