• Aimé Césaire

    Aimé Césaire (Pour Mathieu)

    Né dans une famille de petits fonctionnaires de Fort-de-France (Martinique). Il vint à Paris pour préparer l’École Normale Supérieure. Il y fut reçu en 1935. Il y rencontra d’autres étudiants noirs : ils créeront le mouvement de la négritude. Son long poème Le Cahier d’un retour au pays natal, à sa réédition en volume, attira sur lui l’attention d’André Breton, ainsi que d’artistes noirs de tous horizons. Suivront Les Armes miraculeuses (1946), Soleil cou coupé (1948), etc. Aimé Césaire écrivit également pour le théâtre. Après la guerre, il se lança dans la politique, d’abord à la demande du Parti communiste (duquel il se désolidarisera par la suite). Il fut député de Martinique pendant près de 50 ans.

    Aimé Césaire

    Prophétie


    où l'aventure garde les yeux clairs
    là où les femmes rayonnent de langage
    là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
    saison de lait
    là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
    de prunelles plus violent que des chenilles
    là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois


    là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux



    là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
    plus ardente que la nuit
    là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
    à rebours la face du temps
    là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
    à l'espoir et l'infant à la reine,


    d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
    d'avoir gémi dans le désert
    d'avoir crié vers mes gardiens
    d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes


    je regarde
    la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
    de la scène ourle un instant la lave
    de sa fragile queue de paon puis se déchirant
    la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
    je la regarde en îles britanniques en îlots
    en rochers déchiquetés se fondre
    peu à peu dans la mer lucide de l'air
    où baignent prophétiques
    ma gueule
    ma révolte
    mon nom.

    Aimé Césaire

    Extrait de discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire

    ANGINE DE POITRINE

    Si la moitié de mon cœur est ici, docteur,
    L’autre moitié est en Chine,
    Dans l’armée qui descend vers le Fleuve Jaune.

    Et puis tous les matins, docteur,
    Mon cœur est fusillé en Grèce.

    Et puis, quand ici les prisonniers tombent dans le sommeil
    quand le calme revient dans l’infirmerie,
    Mon cœur s’en va, docteur,
    chaque nuit,
    il s’en va dans une vieille
    maison en bois à Tchamlidja
    Et puis voilà dix ans, docteur,
    que je n’ai rien dans les mains à offrir à mon pauvre peuple,
    rien qu’une pomme,
    une pomme rouge : mon cœur.
    Voilà pourquoi, docteur,
    et non à cause de l’artériosclérose, de la nicotine, de la prison,
    j’ai cette angine de poitrine.

    Je regarde la nuit à travers les barreaux
    et malgré tous ces murs qui pèsent sur ma poitrine,
    Mon cœur bat avec l’étoile la plus lointaine.

    Nazim Hikmet, poete turc

    Biographie

    Aimé Césaire est né à Basse Pointe en Martinique le 26 juin 1913. Son père était instituteur et sa mère couturière. Ils étaient 6 frères et soeurs.Son père disait de lui "quand Aimé parle, la grammaire française sourit..."


    Après avoir obtenu son baccalauréat et le "Prix de l'élève le plus méritant", il obtient une bourse et arrive à Paris en 1931 pour poursuivre ses études, qui le conduiront du lycée Louis-le-Grand à l'École normale supérieure. En 1934, il fonde la revue l'Etudiant noir avec Senghor, Damas, Sainville et Maugée.


    En 1936 il commence à écrire. Père du mouvement de la négritude, il déposera sur un cahier d'écolier les mots de la colère, de la révolte et de la quête identitaire donnant ainsi naissance à son oeuvre poétique majeure, le Cahier d'un retour au pays natal, publié en 1939 date de son retour en Martinique. Il enseigne au lycée de Fort de France. En 1941, il fonde la revue Tropiques.


    Il s'engage en politique dans les rangs du Parti communiste français qu'il quittera en 1956 pour fonder deux ans plus tard le Parti progressiste martiniquais (PPM). En 1945 il devient maire de Fort-de-France et député de la Martinique. Son Discours sur le colonialisme (1950) dira sous la forme du pamphlet toute son hostilité au colonialisme européen. La politique, la poésie mais aussi le théâtre. Césaire est, également, dramaturge. Sa pensée se trouve au carrefour de trois influences: la philosophie des Lumières, le panafricanisme et le marxisme.


    Moi, Laminaire publié en 1982 et La poésie (Seuil ) en 1994 sont les derniers livres en date. En 1993, il met un terme à une longue carrière parlementaire. Il a été maire de Fort-de-France plus de cinquante ans. Aux dernières élections municipales en 2001 il a passé le flambeau à Serge Letchimi.

    Discours sur le Colonialisme

    Le "Non" à Nicolas Sarkozy
    "Parce que, auteur du discours sur le colonialisme, je reste fidèle à ma doctrine et anticolonialiste résolu. Et ne saurais paraître me rallier à l'esprit et à la lettre de la loi du 23 février 2005" sur la reconnaissance dans les programmes scolaires du "rôle positif de la présence française en outre-mer".

    Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, l'impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.

    Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l'homme colonisateur, en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l'homme indigène en instrument de production.

    A mon tour de poser une équation : colonisation = chosification

    J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux même.

    Moi je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.

    On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer.

    Moi je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure ou j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à leur danse, à la sagesse.

    Je parle de millions d'hommes à qui m'on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

    On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'olivier ou de vignes plantés.

    Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.

    On se targue d'abus supprimés.

    Moi aussi, je parle d'abus, mais pour dire qu'aux anciens - très réels - on en a superposés d'autres - très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison ; mais je constate qu'en général ils font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux ci aux anciens et vice-versa, il s'est établi au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité.

    On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification.

    Aimé Césaire

    Discours sur le colonialisme

    Definition de l'égalité

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